15 septembre 20h30 à Orléans

Orléans n’est pas loin de Paris et Paris est accessible d’où qu’on vienne. Il vous est donc possible de venir passer un week-end à Orléans pour assister au concert du 15 septembre au soir (église Saint-Pierre -du-Martroi). Au programme : Requiem de Gabriel Fauré et Elle pleurait (Stabat Mater) de ma composition.

Inutile de rappeler ici que le Requiem de Fauré fait partie des chef-d’œuvres de notre culture qui mettent l’auditeur dans une sorte d’état second, d’apesanteur presque, à chaque exécution. Mais j’entends déjà vos arguments : « Je l’ai en disque, inutile de me déplacer ». Vous auriez tort car en live c’est toujours plus émouvant, mais je vous accorde que parfois, on est mieux assis dans son canapé que sur le banc de l’église…

Mais, mon Elle pleurait (Stabat Mater) Qu’on chantera en première partie n’existe pas (pas encore !) en disque. Alors, là, ça met les trois étoiles (vaut le voyage) au projet, non ?
Écrit sur le texte latin historique (chanté par le chœur) mais augmenté d’un texte parlé de Charles Péguy, Elle pleurait fait partie des œuvres de mon catalogue que je qualifie d’intimes (mais pour lesquelles, à partir du moment où elles sont publiées – ce que je fais parfois après plusieurs années après leur composition – je souhaite bien sûr la plus large audience !).

Sous la direction de Clément Joubert, avec les membres de l’ensemble vocal La bonne chanson et l’ensemble instrumental Solystelle, nous préparons un beau moment de musique. Nous serions heureux et fiers de la partager avec vous.

Merci de partager, diffuser l’information. 10€/5€ l’entrée (pas de réservation), l’église est grande.

Pour les plus curieux, je recopie ici un article paru dans le bulletin 139-140 consacré à Péguy en musique de L’amitié Charles Péguy qui relate les circonstances de sa composition.

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Elle pleurait
récit intime d’une création musicale, par Julien Joubert, compositeur.

J’ai l’impression qu’il est des œuvres que l’on souhaite garder pour soi. Pour s’imaginer que nous seuls en étions destinataires. En ce qui me concerne je les range à part. Dans un petit coin, un peu cachés. Lorsque dans une conversation l’un de ces ouvrages est cité, la plupart du temps, je laisse dire. Je ne participe pas au débat. Je ferme presque les oreilles…

Dès que j’ai commencé à lire Charles Péguy j’ai su que son œuvre serait de celles-ci. De celles que je ne partagerai jamais. Je lisais et relisais les poèmes, particulièrement la Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres, à haute voix, parfois même en criant (en m’étant assuré d’être seul, bien évidemment)

« (…)
Vous nous voyez marcher, nous sommes la piétaille.
Nous n’avançons jamais que d’un pas à la fois.
Mais vingt siècles de peuple et vingt siècles de rois,
Et toute leur séquelle et toute leur volaille

Et leurs chapeaux à plume avec leur valetaille
Ont appris ce que c’est que d’être familiers,
Et comme on peut marcher, les pieds dans ses souliers,
Vers un dernier carré le soir d’une bataille.
(…) »

Comment aimer Péguy alors que déjà à l’époque, je faisais preuve d’un athéisme quasi intégriste. Pourquoi ce texte me plaisait-il ? Était-ce parce que Péguy était Orléanais, comme moi ? Était-ce à cause de la cathédrale de Chartres où mon père nous emmenait fréquemment, mon frère et moi pour admirer et expliquer les vitraux ? Peut-être un peu tout cela, mais ce qui me marqua surtout dès le début, ce fut la langue., son inimitable rythme. Cette manière tellement musicale de mener le discours. Le sens de la variation, du développement, exactement comme un compositeur du XVIIIeme siècle le ferait dans un premier mouvement de symphonie.

La poésie de Charles Péguy me semblait chanter d’elle-même. En lisant, je me laissais griser par le texte. La musique des mots, au fur et à mesure que le poème se déroulait, dépassait le sens, dépassait la compréhension immédiate pour la transformer en émotion pure, enivrante, entière. Comme ce que me procurait la musique.

Péguy était finalement devenu l’un de mes « compositeurs » favoris, aux côtés de Bach, Mozart, Verlaine, Chostakovitch, Kandinsky et quelques autres.

Un jour, un chef de chœur m’a passé commande d’une œuvre pour chœur et petit orchestre, destinée à être créée lors d’un festival de musique chorale, à Pâques. Mon livret devait alors avoir un caractère sacré.

Cruel dilemme : Un compositeur athée peut-il écrire honnêtement une œuvre religieuse ? La chose me gênait un peu, mais je commençais à me documenter sérieusement. Alors que je m’étais plongé dans le texte du Stabat Mater, qui me semblait fournir un axe formidable pour un texte tragique (se concentrer sur la douleur de la mère qui voit son enfant souffrir), le projet tomba à l’eau, le festival était annulé.

Je me mis alors au travail sur d’autres projets, mais sans cesse le texte latin du Stabat Mater venait me troubler. Et, chose étrange, les mélodies, les harmonies qui me venaient naturellement étaient celles d’un opéra que j’avais composé plusieurs années auparavant et dont la création avait été pour moi un véritable calvaire : mise en scène en opposition au livret, à la musique écrite et ses difficultés techniques, sans que je n’aie la possibilité (manque de courage, d’audace, trop jeune ?) d’intervenir. Enfin bref, une expérience à oublier !

Voilà que cet opéra reprenait vie sous les traits d’un Stabat Mater ! Hors de question que je me laisse aller à retravailler sur ce mauvais cauchemar.

Je décidai alors de mettre en musique, comme une sorte « d’improvisation travaillée », quelques strophes de la Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres. Aucune velléité de publication ni de production publique. Un simple travail personnel.

En feuilletant mon exemplaire des œuvres poétiques de Péguy, mes yeux se sont posés sur ces mots :

« Si elle avait su, elle aurait pleuré toujours. Pleuré toute sa vie. Pleuré d’avance. Elle se serait méfiée. Elle n’aurait pas été trompée. Elle n’aurait pas été trahie. »

J’y trouvai là l’expression de ma triste aventure, de compositeur dépossédé de son œuvre, de son enfant.

Je commençai immédiatement un travail de réécriture, liant texte en français (extrait du Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc de Péguy), texte en latin et motifs musicaux de ma précédente composition.

Dix jours plus tard, le travail fini, je pris bien soin d’imprimer la partition et de la ranger proprement dans un coin…

« J’ai l’impression qu’il est des œuvres que l’on souhaite garder pour soi… »

Deux ou trois ans plus tard, lors d’un repas, l’un des convives faisait rire l’auditoire à gorge déployée en lisant, en se moquant, un extrait du Mystère de la Charité « Pour faire un bon chrétien il faut que la charrue ait travaillé vingt ans. Pour défaire un chrétien il faut que le sabre travaille une minute… ».

Fidèle à ma conduite en ce qui concerne mes auteurs fétiches, je n’ouvrai pas le débat. Mais quelques heures plus tard, alors qu’on m’invitait à me rendre au piano pour faire partager mon travail du moment, je décidai, par provocation certainement, d’interpréter un extrait de mon Elle pleurait… (Stabat Mater).

Ce soir-là, le texte de Péguy fut très approximatif, car cité de mémoire, mais il fit son effet : « C’est un texte magnifique. De qui est-ce ? » me demanda-t-on ? …

Dès le lendemain, je me mis à la recherche de partenaires pour créer cette nouvelle oeuvre. Une chef de chœur de talent : Marie-Noëlle Maerten, des chanteurs d’exception : l’ensemble Romances sans paroles, un programmateur et une ville accueillants : Vincent Caup à Dax, un ensemble instrumental de talent : les professeurs du Conservatoire de Dax.

Ce concert du 8 décembre 2010 reste pour moi un des concerts les plus émouvants auxquels il m’a été donné de participer. (on peut revoir la création en cliquant ici).

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